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DEBUTER A LA QUENA



Lorsque le musicien a acquis une technique suffisante, il peut s’essayer avec succès (et un peu de travail) aux divers types de quenas. Cependant, pour débuter dans les meilleures conditions, il est important de savoir choisir un instrument adapté.

SOMMAIRE
  • Quena en roseau, en bois, à « bec d’os » ?
  • Quelle facture de quena pour quel queniste débutant ?
  • Encoche en V, en U ou carrée ? Quena péruvienne, bolivienne ou argentine ?
  • Les quenas ont-elles toutes les mêmes doigtés ? Avec quels doigts doit-on jouer ?
  • Quelques conseils de technique pour débuter
  • Les difficultés les plus fréquentes à la quena et leurs explications habituelles



    uena en roseau, en bois, à « bec d’os » ?

    Pour débuter, nous vous conseillons la quena en roseau. Plus légère dans les mains, elle est aussi moins exigeante sur la technique des lèvres, et demande moins de souffle. La quena en bois est plus difficile à jouer, mais donne une puissance de son et une « rondeur » des graves que celle en roseau permet rarement.
    Vous trouverez parfois des quenas dont la partie supérieure est faite en os : elles sont souvent présentées comme procurant un son d’excellente qualité – ce qui ne fait pas l’unanimité des musiciens. En effet, ce sont souvent de « grosses » quenas (qui demandent beaucoup de souffle), et la sensation de l’os peut sembler plus froide et moins vibrante que celle du roseau ou du bois.



    uelle facture de quena pour quel queniste débutant ?

    Pour débuter, l’idéal est de trouver une quena adaptée à votre morphologie. Si votre menton et vos doigts sont larges, vous pouvez choisir une quena dont le matériau est assez épais, et au diamètre plutôt ample. Il faut savoir que ce type de quena demande un souffle assez développé. Chez les débutants, elle est donc plutôt adaptée aux personnes de carrure ample ou de haute taille. En revanche, si votre menton et vos doigts sont plutôt fins, choisissez plutôt pour commencer une quena au matériau plus fin, et de diamètre plus étroit : elle demandera moins de souffle. On conseille généralement ce type de quena aux adultes de petite carrure ainsi qu’aux enfants. Pour ces derniers, on pourra faire également attention à la dimension des trous : certaines quenas les ont moins larges que d’autres, donc plus faciles à boucher pour les petites mains. Cependant, les quenas trop fines ont aussi leurs désagréments : elles manquent souvent de puissance, et demandent une technique précise.
    Malgré cela, il est difficile de savoir, en débutant, quel instrument convient ; il est aussi difficile de le choisir sans savoir jouer, ou à distance. Ainsi, achetez un instrument qui semble vous convenir à peu près, vous aurez plus tard le loisir de vous en procurer un autre plus adapté. Le coût d'une quena est en effet modeste au vu du coût de la vie européen, ce qui permet d'avoir plusieurs instruments.



    ncoche en V, en U ou « carrée » ? Quena « péruvienne », « bolivienne » ou « argentine » ?

    L’encoche (avec en son centre le biseau) est la partie qui sert de « bec » à la quena : cette entaille dans la partie supérieure de l’instrument permet de produire le son. Pour que le son soit le plus net possible, le biseau doit être symétrique, très fin et lisse, et éventuellement double (« pente douce » à l’extérieur et à l’intérieur de la quena).
    On distingue trois types d’encoche (en réalité trois formes de biseau différentes), qui sont associés aux traditions de trois pays où la quena est très présente. L’encoche dite « carrée » ou « argentine » est aujourd’hui peu utilisée (elle était surtout à l’honneur dans les années 1970), et produit un son léger, précis, et un peu feutré. L’encoche en « V », elle, est le plus souvent dite « péruvienne ». Elle produit un son fin, mais plus difficile à obtenir du fait de son étroitesse finale (il faut viser juste !). Enfin, l’encoche « en U », dite « bolivienne », est celle qu’on trouve le plus fréquemment à la vente aujourd'hui. Elle permet un son stable, puissant et clair, et plutôt facile à produire. C’est celle-ci que nous conseillerons aux débutants.



    es quenas ont-elles toutes les mêmes doigtés ? Avec quels doigts doit-on jouer ?

    Les doigtés de quena peuvent en partie être mis en parallèle avec ceux de la flûte à bec alto, même s'ils s'en différencient en de nombeux points (doigtés « en fourche » et en demi-trous, doigtés complexes des aigus, six trous faciaux…). Si les quenas « boliviennes » et « péruviennes » possèdent les mêmes doigtés, les quenas dites « argentines » ont généralement une différence de doigté sur les fa, fa dièse et sol médiums (ainsi que, parfois, sur les do/do dièse). Cela n’a pas de conséquences sur les possibilités de la quena : elle pourra toujours jouer tous les répertoires, même si certains passages techniques peuvent être facilités par tel ou tel doigté. A notre avis, ce n’est pas un critère important dans le choix d’un premier instrument.
    On pose les mains sur la quena à la manière d’une flûte à bec : main gauche sur la partie haute et main droite sur la partie basse de l’instrument. Le pouce gauche sert à boucher le petit trou situé au dos de la quena. Quant six trous principaux, deux manières de jouer existent.
    L’une, qu’on dit « en 2-4 », consiste à utiliser deux doigts de la main gauche et quatre doigts de la main droite. Elle a son intérêt, mais elle est de moins en moins utilisée : elle n’est pas logique pour ceux qui ont appris un peu de flûte à bec (ne serait-ce qu’au collège), et les trous des instruments sont de moins en moins souvent disposés de manière adéquate. Ainsi, le doigté en 2-4 a pour principal inconvénient de rendre difficile le jeu sur les quenachos (dernier trou difficile à atteindre).
    La seconde, qui tend à se généraliser actuellement, est dite « en 3-3 ». Elle consiste à utiliser les trois doigts principaux de chaque main (comme on le fait sur une flûte à bec). Actuellement, les trous de la majorité des quenas sont disposés pour faciliter cette manière de faire.
    Petite remarque pour les gauchers (qui auraient peut-être tendance à placer leur main droite en haut de l'instrument et leur main gauche en bas) : il est souvent plus simple d’apprendre dès le départ avec un doigté de droitier (exposé ci-dessus). En effet, il arrive, sur certains instruments, que le trou du pouce ou le dernier trou en bas soient décalés sur le côté. Il est normalement plus facile ainsi de les atteindre, mais cela devient presque impossible pour quelqu’un qui a inversé les mains.



    uelques conseils de technique pour débuter

    On rapproche parfois le souffle dans la quena de celui de la flûte traversière, ou de la flûte japonaise (shakuhachi). C’est vrai, mais seulement en partie. Nous vous conseillons donc, dans tous les cas, de faire comme si vous partiez de zéro afin d’acquérir la meilleure position.
    Astuce : travaillez toujours, les premiers temps, avec un miroir : c’est la meilleure solution pour apprendre vite.

    Technique de bouche :

    1. Tendez bien les lèvres vers les oreilles (comme un sourire mais avec les lèvres fermées), et avancez un peu le menton pour que vos lèvres inférieure et supérieure soient au "même niveau" lorsque vous vous regardez de profil dans la glace (lèvre inférieure en arrière = mauvaise position). Astuce : placez votre doigt devant vos lèvres comme pour dire « chut » : il doit être bien vertical, et vos deux lèvres alignées sur lui.

    2. Tout en gardant les lèvres tendues, serrez-les et ne laissez passer qu’un petit filet d’air, sur le bout de vos lèvres. Astuce : placez votre main à une dizaine de centimètres de votre bouche et entraînez-vous à envoyer dans votre paume un filet d’air précis, compact et bien centré. Faites-le descendre, puis remonter : vous êtes en train d’apprendre à canaliser et à diriger votre souffle, ce qui est indispensable à une bonne technique.


    Technique d’instrument :

    1. Placez la quena sur le creux naturel de votre menton. Les deux pointes de l’encoche doivent être placées dans la continuation du haut de votre lèvre inférieure. Veillez à bien centrer l’encoche (elle ne doit pas être « tournée »).

    2. Ne bouchez aucun trou pour l’instant. Adoptez la position de bouche expliquée ci-dessus et, en la maintenant, envoyez sur le biseau un filet d’air au débit stable et précis (comme vous le faisiez dans votre paume). Visez bien : le biseau doit « couper en deux » votre souffle pour produire le son. Vous devez normalement produire votre première note (un sol, probablement un peu trop grave au début du fait de votre peu d’entraînement).

    3. Entraînez-vous ensuite à boucher les trous en soufflant, un par un, note par note, en partant du sol « à vide » que vous venez de produire. Mettez vos doigts bien à plat sur les trous, en utilisant toute leur chair pour les boucher : ainsi, même les doigts fins pourront boucher les trous larges.
    Astuce : dans les premiers temps, attachez votre quena autour de votre cou à l’aide d’un cordon. Ainsi, vous n’aurez pas peur de la lâcher et vous serez plus détendu, même avec les doigtés qui « tiennent » peu la quena.

    4. Faites-le d’abord en descendant vers les graves, puis en montant vers les aigus. Vous verrez que les sons « mediums » sont les plus faciles à produire, mais vous apprendrez peu à peu à ajuster votre position et votre souffle aux graves et aux aigus.
    Astuce (que nous empruntons à Pierre Etchegoyen, dont nous vous invitons à visiter le site et l’instructive FAQ consacrée à la quena) : soufflez avec « plus de débit et moins de pression pour [les graves], puis progressivement plus de pression et moins de débit sur [les aigus]. S'il faut une image pour se représenter cela : le souffle [des graves] serait à comparer à l'écoulement d'eau d'un simple robinet (du débit et une pression moindre), et celui des [aigus] à l'écoulement d'un karcher (moins de débit, mais une pression plus élevée)».

    5. Détendez vos doigts et ne les éloignez pas trop des trous, sans quoi vous perdrez de la rapidité. Chaque doigt doit être « prêt » à tout moment, non loin du trou dont il a la charge. Vous pourrez ainsi travailler la vélocité dans les meilleures conditions.
    Astuce : en doigté 3-3 notamment, veillez à ce que le « petit doigt » de chaque main, inutilisé, reste au dessus de la quena. Si vous le mettez dessous (ce qui peut être rassurant), vous entravez la liberté de vos autres doigts, ce qui rendra plus difficile le jeu rapide.

    Dissocier les difficultés en séparant les exercices (travailler le souffle sans quena, le son sans boucher les trous, les doigts sans trop se soucier du son) permet de mieux maîtriser chaque technique. Cependant, n’oubliez pas que le but est de mêler le tout lorsque vous apprenez un morceau !



    es difficultés les plus fréquentes à la quena et leurs explications habituelles

    Pas de son : quena trop basse sur le menton, encoche décalée sur les lèvres, lèvres mal tendues
    Son brouillon, peu net : lèvres mal tendues, encoche décalée sur les lèvres, filet d’air mal canalisé, trou mal bouché
    Son autre que celui qui devrait être produit : lèvres mal tendues (son trop grave assuré), trou mal bouché, erreur de doigté
    Aigus difficiles : souffle trop faible, pas assez canalisé
    Graves difficiles : souffle trop fort, quena trop verticale
    Souffle court : souffle pas assez canalisé, pas assez entraîné